Communiqué de la

Maison des écrivains et de la littérature expédié par Denis Emorine, poète.

 

Il se confirme (cf. Le Monde, 29/05/08) que, dans le cadre de la loi de « modernisation économique » mise en débat le jeudi 19 mai 2008, les deux députés UMP et NC, auteurs d’un amendement pour mettre fin au prix unique du livre garanti par la loi Lang , maintiennent leur proposition : d’abord rejeté en commission (il prévoyait un droit de solde ramené de 2 ans à 3 mois), cet amendement est donc de nouveau présenté avec un an pour délai de solde.

Quoi qu’il en soit, ce projet constitue une attaque sans précédent contre la production littéraire et intellectuelle françaises : ce délai du prix soldé obéit exclusivement à une logique de profit dont on connaît les effets destructeurs. Il a pour seuls bénéficiaires le best seller, la production de masse, les grandes surfaces. Il dévalue le principe de l’à-valoir et menace le droit d’auteur, déjà piètres ressources de l’écrivain. A terme, il condamne à mort la librairie indépendante, seule garante du fonds ; il suicide la création littéraire.

Nous soutenons la protestation de la SGDL, du SNE et du SLF auprès de la ministre de la culture.
Nous affirmons pour notre part que si cet amendement devait être voté, il signerait, avec la vente en ligne et le port gratuit, une grave impéritie politique en matière d’art et de culture et une scandaleuse atteinte aux écrivains et à leur oeuvres.

Amon tour d'ajouter quelques commentaires inspirés par mon expérience directe d'auteure et poétesse.
Jusqu'à présent, lrs libraires accueillaient les recueils de poésie sans tenir compte de la date de publication. Un roman qui a 3 mois est à leurs yeux périmés. J'ai rencontré à Strasbourg, dans le réseau dit "librairies différentes" la même attitude pour la poésie. Et j'ai dû entendre d'un libraire qui exerce depuis moins de 10 ans alors que j'écris et publie depuis 38 ans que je devrais mettre le recueil en vente à un prix inférieur au coût de fabrication. Peu avant, j'avais entendu à la radio, une émission qui justifiait le prix élevé d'une plaquette de poésie en raison du faible tirage et de la vente lente car la poésie est un art et comme tous les arts, il lui faut du temps pour être adoptée.

A la télévision, un Marocain insistait comme quoi la France ne représentait plus rien. Le temps des Voltaire, de Jean-Jacques Rousseau, c'était fini.. Et mon expérience des foires internationales du livre me fait approuver de tels propos : le livre de culture française est terriblement absent. Le prêt à penser rivalise avec  le prêt à porter. Jusqu'au vocabulaire, malgré la richesse de la langue française, qui est pauvre. Il faut du livre, selon les marchands subventionnés par le CNL donc le contribuable français, vite écrit, vite lu... Vite oublié. Les vrais best-sellers sont les livres qui se vendent sur la durée. Mais cette notion n'est plus de mode. J'ai rencontré de très bons poètes qui ont renoncé à publier vu les difficultés de l'entreprise. "Emaux et Camées", illustration prestigieuse de l'écriture parnassienne par Théophile Gautier n'est jamais qu'une plaquette de 35 poèmes. Ils se savourent, se lisent et se relisent aussi longuement que l'on contemplerait une belle toile.