Vers un contrôle renforcé.

 Pour ce qui est des trusts de la presse, de l’édition, de la distribution (films inclus), l’essentiel est concentré à Paris. Depuis 1980, le Salon international du livre est désormais à Paris alors qu’il était à Nice où les petits éditeurs étaient un pôle d’attraction en raison de leur capacité imaginative. Pour y mettre bon ordre, les trusts ont obtenu du Maire de Paris que le dit salon se passe dans la capitale, les prix prohibitifs des emplacements ont chassé les petits éditeurs et l’insipidité des colloques programmés a enterré toute vitalité intellectuelle.

 Cette concentration s’est accrue pendant les 14 ans de mitterrandisme. Avant mai 1981, une plainte a enfin été enregistrée contre Robert Hersant qui, contrairement à ce qu’autorise la loi, détenait 20% de la presse française. La gauche au pouvoir fait une nouvelle loi sur la presse qui amnistie M. Hersant puisque la concentration qu’il a réalisée est avant cette nouvelle loi.

Avec J. Lang, le mot culture est remplacé par industrie culturelle. Les bibliothèques ont été invitées à lancer des offres de marché sur le principe d’acquérir les livres au meilleur prix. Seules les librairies dépendantes des trusts peuvent faire des remises signifiantes et vendent les livres produits par ceux-ci. Avec cette formule, tout un pan des bibliothèques est désormais fermé à la littérature « différente ».

 Le Cercle de la Librairie à Paris met à la disposition des libraires, pour qu’ils connaissent les nouvelles publications, un service Minitel Electre 36-15. Je puis dire que, grâce à ce service, la petite édition sort de sa distribution confidentielle car il reste des libraires attentifs à des nouveautés d’où qu’elles viennent; encore faut-il que le nouveau titre s’inscrive rapidement sur Minitel car est considéré comme nouveauté par les libraires, un livre de moins de 3 mois d’existence. Ensuite, il n’est commandé par les libraires que si un acheteur le réclame. Certes, je n’ignorais rien des difficultés en publiant un livre sur la jeunesse dans les banlieues d’autant que Monsieur Chirac était pressenti Président et, en monarchie élective, il faut plaire au Prince lequel a posé cette question au journal Le Monde le 25.11.1971 : « Le régime parlementaire n’appartient-il pas au passé ? » Il faut dire que les maux de société ne sont pas un sujet mobilisateur. Monsieur Chirac a vendu du rêve, propos tenu par Madame Simone Veil dans la Marche du siècle le 10 mai 1995 ce qui lui a garanti le succès électoral. Ce fait n’est pas nouveau, ce fut vrai lors des présidentielles de 1974 et celles de 1981.

 Certains m’objecteront que des livres sur les banlieues existent. Sans doute. Mais étudiez le contenu. A la limite, faire du père Guy Gilbert (qui colporte le Dieu d’amour chez les loubards) ou du Kouchner (qui fait de l’humanitaire sur les terrains de guerre mais ne s’oppose pas au budget militaire) est une chose, faire apparaître les causes du mal social en est une autre. Présenter les jeunes dans les banlieues comme des laissés-pour-compte pour lesquels on peut avoir un regard d’humanité est un délit. Publier dans la presse des documents vrais avant qu’une affaire soit jugée est bien devenu un délit, cette nouvelle limite faite à la presse empêchera bien des inculpations lorsqu’il s’agit de personnalités en vue.

 D’une manière générale, j’affirme que Sartre disparu, ce n’est pas une place vide qu’il a laissée, c’est une place supprimée. Il n’y a de places pour quiconque (sauf moyennant finances et convenir à l’idéologie dominante). Monsieur Alphonse Kienzler n’a trouvé personne pour publier son témoignage sur son vécu pendant la Seconde Guerre Mondiale, même pas à La Nuée Bleue (DNA). C’est face à l’itinéraire exceptionnel conté dans ce manuscrit et à son humanité que je l’ai publié. Je ne l’aurais pas fait s’il n’y avait eu tous ces refus car j’estime que ce récit des prisonniers politiques de Vichy valait mieux qu’une publication dans la microédition.

à suivre ...