Le blog de Michelle Meyer

Michelle Meyer auteure évoque son oeuvre , ses projets littéraires, vous fait part de ses coups de coeur de ses coups de gueule sur l'actualité.

20 septembre 2008

adhésion "AMIS DE MICHELLE MEYER"

LES AMIS DE MICHELLE MEYER

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L’association Les Amis de Michelle Meyer a pour objet de soutenir, de promouvoir et de pérenniser l’œuvre littéraire de Michelle Meyer. Ses moyens d’action sont : organiser des manifestations littéraires, agir auprès des médias, animer un site Internet et toutes démarches visant à diffuser les productions de l’auteur.

La production poétique de l’auteur, couronnée par plusieurs prix, est marquante et mérite une réédition complète. En 1979, le prix de l’Académie Française, Fondation Roberge, saluait ses qualités d’écriture en prose et en poésie. Outre des romans, ses essais sur les besoins culturels dans les sociétés post-industrielles, les problèmes du Moyen Orient avec le Kurdistan et les premiers temps de l’imprimerie avec Jean Mentelin, premier inventeur de la typographie, ont un écho international. Cette œuvre, en marge des modes éphémères, doit se poursuivre et perdurer avec les soucis éthiques et artistiques qui la caractérisent. A vous de nous rejoindre dans cette entreprise.  Le Président François Eisele

 

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20 juillet 2008

A QUOI SERT LA LITTERATURE?

Aharon Shabtai, grand poète israélien et helleniste de renommée mondiale, nous livre ses réflexions sur l’art et la politique, et sur l’influence de l’occupation sur la culture israélienne. Je les reproduis ici car la France et ses écrivains officiels sont dans la même situation. Tout auteur qui n'épouse pas la propagande et s'en écarte est automatiquement marginalisé. Cette situation a commencé depuis 1976.  "Dans les circonstances actuelles de censure, d'individualisme forcené, d'accroissement du nombre des pauvres, les écrivains sont sommés de prendre la parole pour divertir, dépayser, faire du roman à l'eau de rose ou de hall de gare et  de prendre une posture politique conforme à la propagande.

A lire absolument.

                                                                             Shabtai : Israël est un pays dont les options vers le changement se ferment l’une après l’autre. Dans le passé, il avait la chance de devenir un Etat-Nation sain, en établissant des relations avec les Palestiniens et les pays voisins. Cependant, plus il persiste avec l’Occupation, et plus il dépend de la force, plus étroites sont ses options politiques. La propagande utilisée pour justifier la violence de l’Occupation a un effet orwellien sur la mentalité israélienne. Il en résulte un émoussement patent de la sensibilité morale et éthique. Le discours public est façonné dans des moules mensongers, une sorte de "novlangue". Il en va amplement de même dans la sphère culturelle.

Israël est en train de devenir une colonie sous égide américaine, de même que l’ancienne Rhodésie ou l’Afrique du Sud l’étaient par rapport à la Grande Bretagne. Cette colonie est dirigée par les oligarques, l’armée et le Shin Beth. Le pays est une prison. Il inclut trois millions et demi d’habitants natifs, qui sont parqués dans des cellules territoriales, dans des camps et des ghettos, tandis qu’Israël met en œuvre une politique démographique distinctement raciste, orientée vers la purification ethnique. La prison dispose aussi d’aménagements spéciaux pour les geôliers israéliens. Ceux-ci vivent dans des bulles, coupés de la réalité des natifs. Quelque chose comme la Zone Verte à Bagdad. Ici, comme là-bas, nous avons des parcours de golf, des cafés, des résidences et des organismes culturels pour les familles des dirigeants. Au sein de la colonie, les propos politiques se limitent à l’économie et à la sécurité, à la question de savoir comment accumuler du capital et comment éliminer les habitants natifs.

Pourtant l’Israël d’aujourd’hui n’est pas monolithique. C’est une société qui s’est détachée de ses valeurs sionistes fondamentales, qui a pris ses distances par rapport à la solidarité sociale et abandonné ses propres citoyens. On l’a vu lors de la guerre de 2006, et auparavant dans l’élimination du réseau de sécurité sociale.

Shabtai : Oui, parce que dans une colonie raciste, les institutions sociales et étatiques s’érodent. De nos jours, dans une période d’impérialisme global, la politique se privatise. Les instruments de la politique - médias, partis, syndicats - dont la fonction et de promouvoir le changement, de guérir, de restaurer la solidarité, ont été vidés de leur contenu et cédés à des intérêts particuliers. Dans le même mouvement, la culture et l’enseignement supérieur sont aussi conçus comme des objets privatisables. Ils sont censés être "émancipés de la politique", "objectifs" —en d’autres termes, ils sont supposés s’ajuster au consensus. En Israël aujourd’hui, la politique et les politiciens sont objets d’anathème. Voilà le symptôme d’une société nationaliste de masse dont les héros sont les oligarques —tel [Arcadi] Gaydamak— et les généraux —tels [Ariel] Sharon ou [Ehud] Barak.

Les anciens Grecs avaient un terme pour désigner le citoyen qui ne s’intéresse qu’à ses intérêts personnels et reste en dehors de la vie politique. Ce terme était idiotes. Il convient maintenant aux Israéliens. Ces gens sont des idiotai, non des politai (citoyens au vrai sens du mot). Ils n’ont aucune part à l’organisation politique ni aux luttes politiques de quelque importance.

Dès lors, ce qu’un universitaire a écrit contre mon poème “Non, Sapho” (voir infra) est typique. Il m’a accusé d’avilir la grande poétesse de l’amour. Sapho écrivait que ce qu’il y a de plus beau, ce n’est ni des bataillons de soldats, ni la cavalerie, ni la marine, mais la personne qu’on aime. Elle s’opposait à la mentalité dominante de son temps —telle que l’illustre la poésie lacédémonienne de Tyrtaios— et, à la place, offrait aux citoyens un éthos érotique. Dans mon poème, j’actualise le thème, en proposant (non sans humour) quelque chose d’autre, quelque chose qui convient à notre époque et à Israël : de considérer comme belles la solidarité de la classe ouvrière et la liberté. Le premier poème uniquement lyrique est le « Certain montagnard... » d’Archilochos, qui raconte sans rougir comment le poète s’est débarrassé de son bouclier au milieu de la bataille, au moment où le combat devenait intense. C’est un poème qui définit la fonction éthique et civique de la poésie. Le poète transgresse les valeurs héroïques admises et illustre le droit à exercer son jugement et à formuler un principe nouveau (logos). Le droit de refuser une mort absurde est présenté comme une valeur adéquate pour un citoyen libre.

Dans l’Israël actuel, au contraire, c’est la sagesse conventionnelle qui veut que des éléments de culture, comme des poèmes, existent en soi et pour soi, dans une sphère à part, qui n’a rien à voir avec la construction d’arguments, en particulier de déclarations politiques. Ce qui est politique est tenu pour vulgaire et trivial. La littérature et la culture n’ont rien à faire avec un éthos civique. C’est une culture d’idiotai, dans laquelle chacun ne se soucie que de soi, et où tous les problèmes se liquident dans le dos de l’individu, devenant alors des traumatismes d’un ego dilaté et replié sur soi. L’art privatisé, en rapport avec les vies des idiotai, devient une branche de la psychologie. C’est aussi ce qui s’est produit aux Etats-Unis. Il était d’usage que la poésie y soit engagée et militante, en particulier pendant la guerre du Viet-Nam. En quelques courtes années, après que l’administration Johnson a fondé la Dotation Nationale pour les Arts, elle est devenue une poésie d’ateliers d’écriture sur les campus.

En Israël aussi, les ateliers d’écriture sont encouragés. Ils constituent des niches économiques florissantes dans la thérapie par l’art, en aidant les gens à s’adapter. La psychologie est devenue une idéologie. Tous les traumatismes d’une société caractérisée par le meurtre militaire et l’exploitation sont intériorisés, ressurgissant en tant que problèmes de l’individu isolé dans un nationalisme de masse. Ces problèmes sont toujours d’ordre privé ; l’individu devient un patient. De cette manière, les individus reçoivent leur privatisation comme un don. Ils sont immergés dans une enfance perpétuelle comme les géants de l’Age d’argent chez Hésiode, chacun d’eux étant « élevé aux côtés de sa bonne mère pendant cent ans, véritable niais jouant puérilement dans sa propre maison ». Tout va ainsi vers la thérapie clinique. L’art comme psychothérapie est au service d’une idéologie dans laquelle tous sont des individus, sans espace politique (une agora), sans un espace où les problèmes personnels, qui sont politiques par nature, atteignent en tant que tels la conscience et trouvent leurs vraies solutions. L’art sans espace politique est comme la pâte à modeler qu’on donne aux malades mentaux et aux enfants - parce que ceux qui n’ont pas de responsabilité relative à l’espace politique sont des esclaves et des enfants. La politique appartient aux citoyens, c’est-à-dire aux adultes. De nos jours, l’art et la littérature maintiennent au jardin d’enfants ceux-là qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas, devenir adultes.

Ceci me frappe, néanmoins, comme une généralisation. Après tout, l’Occupation est reconnue comme un enjeu majeur par l’ensemble du courant dominant israélien, y compris par les écrivains institutionnels.

Shabtaï : Vous faites référence à des intellectuels et à des écrivains en vue de l’espèce de ce qu’un de mes amis, Nimrod Kamer, appelle “la gauche molle” : Amos Oz et David Grossman, par exemple, Dans leur cas, je voudrais dire que s’est appliqué le principe de co-option.

Le pouvoir en place les adopte, les co-opte - telle est la méthode. Ils vocifèrent, sur un plan général, contre l’Occupation, et cette posture leur confère une crédibilité quand ils soutiennent le régime sur toute question spécifique de quelque importance. C’est ainsi qu’ils ont appuyé les Accords d’Oslo, la duperie de Camp David de juillet 2000, les mesures prises contre l’Intifada et la deuxième guerre du Liban. Les écrivains de la gauche molle ne donnent pas de contenu politique à la littérature, mais font plutôt l’inverse : au lieu de pousser à la décision vers l’action, ils subliment la politique en culture. L’Occupation, entre leurs mains, devient la psychomachie de la belle âme israélienne tourmentée. Ils se sont débrouillés pour en faire un cliché du discours culturel israélien. Même Ariel Sharon et Ehud Olmert ont dit qu’ils étaient contre l’Occupation. Ceci a été normalisé, pour devenir une branche de la culture, le matériau d’une interminable auto-flagellation narcissique, pour des films, des conférences, des thèses de doctorat et des carrières universitaires. De cette manière, on a exproprié l’Occupation hors du domaine de la lutte et on l’a reléguée dans une psychothérapie pour jardin d’enfants. Nous atteignons enfin un point où l’Occupation devient une graphomanie. Les gens sont saturés d’en entendre parler.

C’est pour cette raison qu’aucune littérature importante ne s’est développée depuis Oslo, bien plutôt de médiocres niaiseries qui contribuent au philistinisme de la vie sociale, recyclant l’ « expérience israélienne » figée dans son immobilisme.

Parce que la littérature possède assurément une mission éthique et politique. J’emploie le mot politique au sens grec classique. La pierre de touche de la littérature est le niveau auquel elle coopére ou ne coopère pas avec le régime pour forger un consensus. La culture est un laboratoire idéologique, qui recourt à des récits auxquels on adhère pour créer une représentation de la réalité. Elle invente des définitions et des séparations (Juifs/Arabes, par exemple) qui pourvoient l’individu d’une identité. Ce qui distingue les grands écrivains et poètes, c’est le fait qu’ils créent une résistance et qu’ils offrent une alternative dans la manière d’être. Aux périodes d’urgence, de tels écrivains sont directement liés au politique.

Résister ressortit à l’essence de la vie. Chacun ressent la pesanteur, l’inertie et les forces de friction quand il avance ou qu’il agit en tant qu’individu. D’un autre côté, il y a une énorme pression, ouverte et dissimulée, pour faire de vous un « bon garçon », pour vous faire souscrire au conformisme.

Un poète authentique a le courage et la lucidité d’instaurer la résistance dans la vaste sphère éthique, précisément là où l’individu est incité à s’adapter à la norme. Ce qui induit une contrainte sur ses goûts, ses valeurs, sur la langue dont il fait usage. Mais le thème de l’interview est une situation spécifique. Nous ne sommes pas aux Pays-Bas. Dans les circonstances actuelles de barbarie, qui rappellent celles qui ont jadis prévalu en Allemagne, en Russie, en France et en Amérique, les écrivains sont sommés de prendre la parole, de prendre une posture politique claire et morale, de résister.

Donnez-moi des exemples de ceux qui ont agi ainsi, qui se sont opposés.

Shabtaï : Socrate. Il s’est élevé contre sa société, prêt à mourir. La prescription éthique majeure à Athènes était de nuire à votre ennemi et de faire du bien à votre ami. Socrate n’est pas d’accord. Il donne priorité à ce qui est juste. Sur cette base, il maintient qu’il vaut mieux subir le mal que le faire. Après la chute de la démocratie athénienne, les dictateurs ont pris l’habitude d’envoyer des citoyens arrêter ceux qu’ils identifiaient comme opposants, ou dont ils désiraient confisquer les biens. Socrate et quatre autres ont reçu l’ordre de leur amener un homme du nom de Léon. Il a refusé, mettant sa vie en péril. Il n’a été sauvé que grâce à un changement de régime. Plus tard, on l’a accusé de blasphème et de corruption de la jeunesse, ce pour quoi il a été condamné à mort. Son discours lors du jugement, connu sous le nom d’Apologie, est le texte politique fondamental de l’Europe.

La plupart des écrivains de premier ordre ont été des opposants, dans un sens ou un autre. Ce n’est pas par hasard que même des écrivains éloignés de tout radicalisme comme Flaubert ou Baudelaire ont été mis en jugement. Il existe des périodes tranquilles durant lesquelles l’opposition n’est pas manifeste. Mais, dans des circonstances particulières - telles que l’oppression, l’écrasement des droits de l’homme, le fascisme - les écrivains doivent prendre position.

En Israël cependant, comme je l’ai déjà dit, ils s’alignent d’emblée avec le régime. Amos Oz, Yehoshuaz Sobol, A.B. Yehoshua et David Grossman ont soutenu la guerre du Liban durant laquelle l’aviation a tué plus d’un millier de civils, détruit des villages, détruit des quartiers à Beyrouth. Ce sont des moments tels que celui-là qui sont la pierre de touche de l’écrivain et de l’artiste. On peut citer nombre d’exemples de grands écrivains, et pas nécessairement de gauche, qui ont refusé de collaborer avec leurs régimes.

Ainsi, au point culminant de la ferveur patriotique en Autriche, Stefan Zweig s’est opposé à la première guerre mondiale. Il a quitté son pays et déclaré sa solidarité avec le peuple de France. Thomas Mann s’est opposé aux nazis bien avant Auschwitz et s’est exilé dès 1933. Après quoi il a écrit et parlé d’abondance contre les pouvoirs en place dans son pays. Ses livres ont été brûlés en Allemagne. Sa Montagne magique décrit comment une société entière est transformée en une société de malades, en une clinique, comme c’est le cas en Israël aujourd’hui.

Est-ce qu’une culture israélienne hébraïque peut survivre longtemps dans une région qui est arabe, une région si complètement différente ?

Shabtaï : Voilà, certes, le principal problème. L’Occupation, l’armée et le capitalisme sont en train de détruire le pays, à la fois le paysage lui-même et le paysage humain, dont les Palestiniens, qui ont leurs racines ici, constituent une partie. Pour Israël, l’exemple à suivre aurait dû être des pays tels que la Belgique, la Suisse et le Canada, des Etats qui fournissent un cadre dans lequel des groupes divers peuvent vivre ensemble.

Le monument le plus représentatif de la culture israélienne d’aujourd’hui est le mur de séparation. Ceci est enfoncé comme un coin dans la conscience nationale et dans la littérature hébraïque. Le mur est le point de fixation que la littérature ne cesse de recycler. Cette littérature ne fonctionne pas en tant que moyen de créer une opposition, de changer la vie. De sorte qu’il n’y a pas de changement dans la vie, plutôt dans le seul style de vie.

Parmi les nuages sombres que vous décrivez, pouvez-vous apercevoir quelque lumière ?

Shabtaï : Si la société possède un instinct d’auto-préservation, alors un changement interviendra. Il y aura une révolution. Voyez, tout s’accumule aujourd’hui contre les jeunes. Ils n’ont pas d’avenir. A Jérusalem, dans les récentes manifestations étudiantes, la jeunesse a commencé à réclamer une révolution, et des passants traversaient la rue pour se joindre à eux. Voilà un signe de changement. Cela arrivera tôt ou tard. De ce point de vue, l’échec d’Israël dans la seconde guerre du Liban est de même un signe encourageant. Cela peut sembler bizarre, mais les clameurs de défaite qu’on entend aujourd’hui sont préférables à l’exultation triomphaliste de 1967. Le militarisme israélien est voué à l’échec dans une société où s’aggravent l’exploitation et la pauvreté.

La révolte actuelle n’est pas encore politique, parce que prise de conscience et solidarité demeurent limitées. Il existe quelques exceptions, comme le groupe de jeunes poètes qui ont fondé le journal Ma’ayan. Leur mode d’action fait penser à des mouvements radicaux en art comme celui des dadaïstes. Ils étaient opposés à la guerre au Liban et ils témoignent beaucoup de considération à la fois pour les Arabes et pour les Juifs. Mais, pour le moment, la plupart des jeunes ne représentent aucune menace pour le pouvoir établi. Le chauvinisme et la haine des Arabes continuent à rendre possible l’exploitation de la jeunesse et des pauvres.

En tant qu’écrivain, je me vois comme quelqu’un qui agit à l’intérieur d’un système. La poésie n’est pas une correspondance privée. Elle se fait au sein d’un système relié à d’autres systèmes. C’est seulement de cette façon que la poésie a une fonction et une place dans le domaine public. A l’intérieur de ces systèmes politique et culturel, un débat est amorcé, la pensée est en route et une lutte s’engage pour le changement et le renouveau. Dans la situation présente, les systèmes politique et culturel ne fonctionnent pas. Les embrayages restent sans prise. Leur vacuité et leur trivialité vous dissuadent. Ou bien vous êtes un bon petit garçon confiné dans la clinique avec tout le monde, ou bien vous devenez un dissident, actif depuis les marges.

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23 juin 2008

LE DIKTAT DE PARIS ET LE MENSONGE INSTITUE

La région et les maux du temps.

Ce texte met une conclusion aux 4 articles précédents

 Ceci me fera conclure sur la responsabilité des élus en région. Le nec plus ultra est le parler alsacien avec ses dialectes différents qui accroissent l’enclavement si bien que le Professeur Wackenheim a pu célébrer, à la Foire du Livre de Marlenheim, l’oraison funèbre du français. La ville de Strasbourg a trouvé un fonds de trésorerie pour mettre les plaques des rues et places dans les deux registres linguistiques. J’ai un doute profond sur cette mesure qui répondrait au principe identitaire lequel doit, en premier lieu, résoudre ses propres contradictions dans un univers en perpétuel devenir afin d’éviter les conflits. Quand je vois des communes alsaciennes, de parler essentiellement alémanique, opulentes et sans immigrés voter entre 22 et 32% sur le slogan Mit Leidenschaft, Franzose sein ! Le Pen, Präsident, je me dis qu’aucune politique régionale n’a fait l’autopsie du mal dont souffre les Alsaciens pour qu’ils aient besoin de crier en nombre qu’ils sont passionnément Français ! Pourtant, c’est le vote alsacien qui a fait basculer le « oui » français pour Maastricht alors que la droite ultra est opposée à ces accords. Nous nageons dans l’incohérence totale sauf si, avec Martin Graff, nous convenons que les Alsakons ont fait un vote européen pour ne pas déplaire aux Allemands et qu’ils continuent à dépenser leurs marks en Alsace !

 La régionalisation est caricaturale, l’assemblée régionale n’a pas de pouvoir législatif, d’ailleurs nos élus ne le demandent guère. Pour peu qu’ils soient aussi députés, ils savent que le parlementarisme français est purement formel, le gouvernement peut légiférer par décrets et ordonnances et ses propositions de lois passent avant celles de l’Assemblée. C’est ainsi que nous assisterons au démantèlement de la sécurité sociale, de l’éducation nationale et ainsi de suite. L’Alsace qui a fait l’expérience de la dictature hitlérienne ne dit rien, peut-être que les Alsakons se vengent en aidant la France à mettre des hommes à poigne au pouvoir. Ainsi, s’il y a dérive fascisante, c’est la France entière qui protestera que c’est « Malgré Elle ».

 Mais je crois davantage à un amour immodéré pour le goût du chef incarnant l’ordre. Le dirigisme parisien ne dérange pas si bien que la politique locale culturelle consiste, avant tout, à inviter et à financer la venue d’écrivains estampillés à Paris. Ce fut le cas encore, en février 1995, lors des Rencontres de Strasbourg sur le thème « Désir de politique? ». S’il est fondé que le public en région sache ce qui se fait et se publie dans la capitale nationale, par contre cette politique unilatérale encourage exclusivement ce qui se pense et se publie avec l’aval parigot. Une fois de plus, l’association Rencontres fondée tout exprès pour cette manifestation a été financée par les contribuables, pour une somme de 450.000 francs, mise au service d’entreprises monopolistiques : la Librairie Kleber est à Gallimard et au trust de la diffusion et distribution qui s’y rattache, les DNA appartiennent au groupe Hersant et Saisons d’Alsace aux DNA. Affirmer dans un document de présentation que ces rencontres allaient « créer de façon indépendante un nouveau style de médiation » est prendre les auditeurs potentiels pour des benêts. Les étudiants n’ont pas été abusés et distribuaient, avant chaque causerie, des libelles fort bien tournés.

 Je crains que ce soubresaut critique ne soit qu’épisodique. Je prends en considération que si l’âge pour présider les destinées de la France est 63 ans, ce n’est que d’ici 10 ans que nous serons débarrassés de ceux qui ont été pétris dans leur jeunesse par le national-socialisme et le pétainisme.

            XXIème siècle, pas de rupture avec le XXème siècle. Les forces vives de la Nation sont gangrénées par les idéologies propagées au siècle précédent. "L'argent d'abord" et une France multiraciale  qui se donne des alibis pour faire croire qu'l n'y a ura plus de racisme. Alexandre Dumas au Panthéon, j'ai d'abord cru que c'était en hommage aux royalties que rapportent les films conçus à partir des récits. Ce ne pouvait pas être pour l'oeuvre elle-même écrite par une pléthore de nègres. A. Dumas était payé à la ligne, pas de droit d'auteur puique pas d'auteur. Dans les premies ouvrages, un personnage était muet. Lors des dialogues, sa présence était indiquée par trois points de suspension. L'éditeur en a eu marre de payer pour trois points de suspension, il ne les paierait plus... alors le muet a disparu des ouvrages à venir. Lagarde et Michard,auteurs d'ouvrages scolaires sur la littérature ne citaient pas Dumas car leur travail ciblait les aueurs authentiques qui font honneur à notre patrimoine. De nos jours, le souci de faire une bonne affaire seul préside au lancement d'un livre. "Bonjour tristesse" n'était pas écrit par Sagan mais l'Editeur Julliard souhaitait lancer une "jeunette" comme cela se faisait dans la chanson. Il voulut recommencer en poésie avec Minou Drouet dont la mère servait de "nègre" à Van der Mersch. La sauce ne prit pas car les journalistes avaient encore une déontologie et avec Sagan, ils s'étaient fait avoir, ils n'avaient pas cru au succès. Au salon du livre à Nice en 1977, lors du colloque sur les éditeurs en région, Prastreau du "Figaro" raconta le premier entretien dont il était chargé avec la jeune Sagan, petite jeune fille fluette qui bafouillait et qu'il voulut ménager. Puis il parla des livres écrits par un certain Hugot. Lorsqu'il décéda, l'auteur Sagan changea de style et pour cause! Les éditeurs présents Privat de Toulouse, Jeanne Lafitte de Marseille et d'autres étaient tous au courant, il n'y avait que moi qui tombait des nues. Parmi les anecdotes racontées, il y eut celle où Hugot avait fait naître un personnage vers le milieu du roman, Julliard vint voir où il en était de son écriture et lui arracha le manuscrit des mains "Pour un Sagan, ça suffit largement". Hugot s'en plaignit à Prastreau car le personnage ne prenait son sens qu'à la fin du récit et la fin prévue ne fut pas écrite.Si donc l'argent compte plus que l'authenticité de son auteur, je ne m'étonnais pas qu'un auteur à "nègres" ait les honneurs du Panthéon. Mais par la télévision, j'ai su le fin mot de l'histoire, il est entré au Panthéon parce que métis. Aujourd'hui, plus rien ne surprend, bien des postes en vue échoient à des personnages qui fleurent l'exotisme, ce qui dans l'idéologie est plus important que les compétences réelles. Les communautarismes entrent en jeu et ceux chargés de pouvoir sont d'abord au service de leur communauté. Je m'interroge sur ce que sera le devenir de la France quand je vois de tels agissements.

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22 juin 2008

Vers un contrôle renforcé de la pensée

Vers un contrôle renforcé.

 Pour ce qui est des trusts de la presse, de l’édition, de la distribution (films inclus), l’essentiel est concentré à Paris. Depuis 1980, le Salon international du livre est désormais à Paris alors qu’il était à Nice où les petits éditeurs étaient un pôle d’attraction en raison de leur capacité imaginative. Pour y mettre bon ordre, les trusts ont obtenu du Maire de Paris que le dit salon se passe dans la capitale, les prix prohibitifs des emplacements ont chassé les petits éditeurs et l’insipidité des colloques programmés a enterré toute vitalité intellectuelle.

 Cette concentration s’est accrue pendant les 14 ans de mitterrandisme. Avant mai 1981, une plainte a enfin été enregistrée contre Robert Hersant qui, contrairement à ce qu’autorise la loi, détenait 20% de la presse française. La gauche au pouvoir fait une nouvelle loi sur la presse qui amnistie M. Hersant puisque la concentration qu’il a réalisée est avant cette nouvelle loi.

Avec J. Lang, le mot culture est remplacé par industrie culturelle. Les bibliothèques ont été invitées à lancer des offres de marché sur le principe d’acquérir les livres au meilleur prix. Seules les librairies dépendantes des trusts peuvent faire des remises signifiantes et vendent les livres produits par ceux-ci. Avec cette formule, tout un pan des bibliothèques est désormais fermé à la littérature « différente ».

 Le Cercle de la Librairie à Paris met à la disposition des libraires, pour qu’ils connaissent les nouvelles publications, un service Minitel Electre 36-15. Je puis dire que, grâce à ce service, la petite édition sort de sa distribution confidentielle car il reste des libraires attentifs à des nouveautés d’où qu’elles viennent; encore faut-il que le nouveau titre s’inscrive rapidement sur Minitel car est considéré comme nouveauté par les libraires, un livre de moins de 3 mois d’existence. Ensuite, il n’est commandé par les libraires que si un acheteur le réclame. Certes, je n’ignorais rien des difficultés en publiant un livre sur la jeunesse dans les banlieues d’autant que Monsieur Chirac était pressenti Président et, en monarchie élective, il faut plaire au Prince lequel a posé cette question au journal Le Monde le 25.11.1971 : « Le régime parlementaire n’appartient-il pas au passé ? » Il faut dire que les maux de société ne sont pas un sujet mobilisateur. Monsieur Chirac a vendu du rêve, propos tenu par Madame Simone Veil dans la Marche du siècle le 10 mai 1995 ce qui lui a garanti le succès électoral. Ce fait n’est pas nouveau, ce fut vrai lors des présidentielles de 1974 et celles de 1981.

 Certains m’objecteront que des livres sur les banlieues existent. Sans doute. Mais étudiez le contenu. A la limite, faire du père Guy Gilbert (qui colporte le Dieu d’amour chez les loubards) ou du Kouchner (qui fait de l’humanitaire sur les terrains de guerre mais ne s’oppose pas au budget militaire) est une chose, faire apparaître les causes du mal social en est une autre. Présenter les jeunes dans les banlieues comme des laissés-pour-compte pour lesquels on peut avoir un regard d’humanité est un délit. Publier dans la presse des documents vrais avant qu’une affaire soit jugée est bien devenu un délit, cette nouvelle limite faite à la presse empêchera bien des inculpations lorsqu’il s’agit de personnalités en vue.

 D’une manière générale, j’affirme que Sartre disparu, ce n’est pas une place vide qu’il a laissée, c’est une place supprimée. Il n’y a de places pour quiconque (sauf moyennant finances et convenir à l’idéologie dominante). Monsieur Alphonse Kienzler n’a trouvé personne pour publier son témoignage sur son vécu pendant la Seconde Guerre Mondiale, même pas à La Nuée Bleue (DNA). C’est face à l’itinéraire exceptionnel conté dans ce manuscrit et à son humanité que je l’ai publié. Je ne l’aurais pas fait s’il n’y avait eu tous ces refus car j’estime que ce récit des prisonniers politiques de Vichy valait mieux qu’une publication dans la microédition.

à suivre ...

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20 juin 2008

POUVOIR CULTUREL ET POUVOIR POLITIQUE

Le pouvoir culturel au service du pouvoir politique

 Dès 1974, je suis consciente que les idées fascisantes font les choux gras d’une certaine presse et maisons d’édition où j’y vois une volonté politique car le totalitarisme de la pensée n’est possible qu’avec la collaboration effective de la puissance d’Etat. J’exprime mes inquiétudes auprès de diverses personnalités sans toujours provoquer l’attention souhaitée. Pourtant, Monsieur Giscard d’Estaing fait grand cas de la mouvance nouvelle droite (euphémisme pour dire droite extrême); le n°6 de la revue « Eléments » publie la lettre de remerciements du Président pour le soutien du GRECE (toujours la Nouvelle Droite) à son élection en 1974. Gérard Longuet venu du GUD (extrême-droite étudiante) va devenir l’un des proches du Président. Le 28.02.1981, V.G.E donne la première interview de sa campagne présidentielle au Figaro Magazine dont le P.D.G., Robert Hersant, n’est pas un nouveau venu dans l’extrême-droite; en 1940, il dirigeait « Jeune Front » profasciste.

 Après l’échec de Giscard d’Estaing en 1981, la droite nouvelle et sa multitude de groupuscules décident de revenir à sa clientèle naturelle, celle du RPR. Nombreux seront les candidats de la droite ultra sur les listes du RPR tels à Dreux, J.Pierre Stirbois du F.N ou à Antony, J.Yves Le Gallou, numéro 2 du « Club de l’Horloge ». Sur le plan de la politique culturelle, il s’agit de s’approprier à droite les valeurs républicaines classiquement à gauche et de changer de langage pour se donner un visage correct... Cela a si bien pris que trop d’électeurs en 1995 ont cru dans le slogan « égalité des chances » pour redresser une société d’injustices alors que cette droite est contre l’égalitarisme comme on pouvait le réaliser dans l’interview de Bernard Debré donné au Quotidien de Paris le 31.01.1983, article qui va provoquer le titre de la couverture du journal Le point du 9.05 de la même année : « La France, le danger égalitaire ». 

 En 1985, dans l’avion qui nous ramène à Paris après la Foire Internationale du Livre à Moscou, je confie à Monsieur Jondeau, Président des Ed. Ouvrières, le manuscrit que je publierai en 1994 sous le titre final Fantasia dans la ville. M. Jondeau est très intéressé par le manuscrit mais il exprime un grand souci : ce livre pose un problème avec les futures législatives de 1986 où Monsieur Chirac deviendra Premier Ministre, par suite ce livre ne pourra être distribué. Néanmoins, M. Jondeau soumet le synopsis du livre au comité des Ed. Ouvrières (devenues les Ed. de l’Atelier après bien des difficultés) mais je n’ai pas eu besoin de réponse écrite pour savoir que le risque éditorial ne sera pas pris puisque risque il y a.

 En 1987, alors que Monsieur Chirac est Premier Ministre, une commission créée par la Ville de Paris interdit l’achat, par les bibliothèques dépendantes de la capitale, des livres pour jeunes qui parleraient des banlieues, des problèmes du monde du travail, de familles divorcées...Dans les mêmes temps, un responsable de bibliothèque, secteur BD à Marseille, est suspendu de ses fonctions et un auteur-professeur du sud-ouest est mis à pied suite à la parution de son roman.

à suivre...

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19 juin 2008

COMMENT LA CENSURE POLITIQUE PROGRESSE

La droite s’organise.

 Je me suis heurtée à la censure politique peu après que Jérôme Lindon publiait son opuscule contre la politique des FNAC ce qui lui valut un procès et fit écrire à J.C Marrey dans Le Monde  : « J’appartiens à une génération où les poursuites engagées contre les Ed. de Minuit rappellent d’étranges et fâcheux souvenirs ». Je me rends donc aux éd. Stock pour récupérer un manuscrit, grande fresque sociale où je fais une psychanalyse de l’Etat. Je suis reçue avec empressement au niveau du secrétariat de direction et mon interlocutrice affirme la qualité littéraire de l’ouvrage mais les idées exprimées «contre la guerre » feront que le livre ne sera pas diffusé même s’il était édité. La femme est si émue que je suis moi-même bouleversée face à ces gens de pouvoir sans pouvoir. « Jusqu’en 1976 », me dit-elle, « nous aurions pu publier votre livre ».

Je n’ai jamais publié ce manuscrit malgré les propositions d’associations pour le lancer par souscriptions car la France à laquelle je viens de me heurter m’a profondément ébranlée. J’ai trop bien compris les imbrications du politique et du capital (les ventes d’armes, Lagardère and Co) pour savoir que je serai un écrivain marginal malgré moi. Ne pas me soumettre à des impératifs idéologiques que je récuse, c’est me marginaliser, ce n’est là qu’un moindre mal.

 Avec l’avènement du giscardisme, les restructurations sont allées bon train. Matra qui fait fortune avec les ventes de missiles a fait main basse sur Hachette; et les éd. Stock viennent, à leur tour, de passer sous la férule de Matra-Hachette. C’est la première fois en France que les marchands d’armement disposent d’une telle puissance au niveau de l’information et de la diffusion de la pensée et des connaissances.

  Toujours dans les mêmes temps, alors que Monsieur Chirac est devenu le premier maire de la ville de Paris et a créé le RPR où l’on trouve alors A. Juppé, J. Toubon, B. Mégret, Y. Blot, J. Médecin..., lorsqu’il est question de régionalisation, le Maire convie en 1978 « l’élite  parisienne » pour la rassurer comme quoi le pouvoir culturel et décisionnel resteront concentrés à Paris. Monsieur Chirac entend bien, à partir de la capitale, peser suffisamment sur la France tout entière.

à suivre...

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18 juin 2008

L,A CENSURE : MANIPULER L'OPINION PUBLIQUE

Je rappelle cette formule utilisée par une intervenante dans l’émission Table Ouverte  sur le canal de la Suisse Romande : « Il n’est pas bon en France d’être le fou du roi » alors que Michel Polac et son équipe venaient de se faire remercier par TF1.

 Dans la revue Actuel, plus de 60% des personnes interrogées étaient contre la suppression de Droit de Réponse avant que le fait ne se produise. Quand l’émission fut supprimée, les raisons de l’absence de tollé véritable sont à chercher dans les limites de la liberté d’expression bien plus que dans une indifférence généralisée.

 

Quand la manipulation de l’opinion éclate au grand jour.

 Depuis quelque temps, j’ai pu constater que bien des gens deviennent conscients que ce qui se dit, s’écrit ou se visionne est d’une teneur si monolithique qu’il doit y avoir des raisons structurelles qui contribuent à une standardisation de la pensée. Ce mal s’est mis en place progressivement, durant plus de 30 ans. J’en avais pris le parti de n’en rien dire sauf dans un opuscule Le droit d’écrire, le droit d’être lu de 1980 à l’occasion d’un colloque sur l’édition à Bourg-en-Bresse tant le sujet exige, pour être entendu, une prise de conscience accompagnée d’un questionnement sur les blocages du système et la volonté politique qui s’y attache.

 

A l’opproche d’échéances électorales, il n’est pas besoin d’être un grand clerc pour constater, sur les chaînes télévisées, des changements tant au niveau du comportement et des propos des commentateurs que des personnalités invitées. Une propagande sous-jacente téléguide le résultat des urnes. La plupart des individus contractent des habitudes d’opinion et de croyance par suite de la répétition et de l’imitation, ainsi se forge une opinion publique. Les résultats du premier tour des élections présidentielles révèlent « une France en crise » (DNA du 24.04.95), c’est-à-dire l’existence d’une fracture entre l’opinion privée et l’opinion publique. En clair, les citoyens votent « en conscience » mais répondent aux sondeurs en fonction de la pression sociale sur l’opinion. Tout se passe comme si les citoyens avaient un doute sur la démocratie et préfèrent exprimer leur choix véritable dans le secret de l’isoloir.

 

La manipulation des esprits intéresse tous les citoyens.

 Depuis longtemps, il est décidé pour eux de ce qu’ils doivent dire, voir, lire et penser. En 1980, Jérôme Lindon des Ed. de Minuit refuse de venir au colloque de Bourg-en-Bresse, pour lui, « c’est déjà trop tard ». Dans l’opuscule « La FNAC et les livres  » de 1978, Jérôme Lindon s’élève contre l’idée de profit immédiat. « En 1952, l’année de sa publication, on n’a vendu que 125 exemplaires d’En attendant Godot », écrit-il et d’ajouter : « Renoncer à sortir ces livres-là, c’est tuer dans l’oeuf notre patrimoine de l’an 2000 » . Dans le journal Le Monde, cet éditeur dit encore :  «Des centaines d’auteurs, chaque année, ne verront pas le jour. Mais personne ne s’en apercevra; qui remarque l’absence d’un inconnu? C’est dans dix ans, vingt ans, qu’on constatera les dégâts, et il ne sera plus temps d’y remédier... ».

 D’aucuns m’objecteront que le choix des livres est multiple en librairies mais ce qui compte sur le plan de la création, ce n’est pas le quantitatif mais le qualitatif. «La France », écrit encore Jérôme Lindon, « sera définitivement condamnée à consommer des réimpressions, des sélections de clubs et ces romans qu’on appelait naguère de la littérature de gare ». En 1992, ARTE commente la foire internationale du livre de Francfort, il y est dit que ce n’est pas dans ce type de foires qu’il faut aller chercher les livres qui resteront dans le patrimoine mais dans la microédition. Et j’ajoute que les livres nés dans la microédition resteront confidentiels car ils vont se heurter à la concentration de la distribution et à celle de la presse auxquels les critiques littéraires appartiennent.

 La censure économique semble être acceptée par le public tant le principe de faire de bonnes affaires est devenue une référence de valeur si bien que J.P Barou du Seuil ne cherche pas à choquer quand il avoue à Télérama : « Il faut des noms connus pour faire vendre... On n’a plus cherché des écrivains mais des noms ». Au nom de la rentabilité (qui fut la source du scandale du sang contaminé), les maisons d’édition ont été appelées à se concentrer en trusts puis à abandonner leur pouvoir décisionnelle aux trusts de la diffusion. Dès lors, il devenait simple de mettre les publications sous haut contrôle de surveillance quant à leur contenu. La censure économique a pris le visage de la censure politique.

à suivre...

 

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30 mai 2008

LE PRET- A- PENSER OU LA MORT DE LA PENSEE

Communiqué de la

Maison des écrivains et de la littérature expédié par Denis Emorine, poète.

 

Il se confirme (cf. Le Monde, 29/05/08) que, dans le cadre de la loi de « modernisation économique » mise en débat le jeudi 19 mai 2008, les deux députés UMP et NC, auteurs d’un amendement pour mettre fin au prix unique du livre garanti par la loi Lang , maintiennent leur proposition : d’abord rejeté en commission (il prévoyait un droit de solde ramené de 2 ans à 3 mois), cet amendement est donc de nouveau présenté avec un an pour délai de solde.

Quoi qu’il en soit, ce projet constitue une attaque sans précédent contre la production littéraire et intellectuelle françaises : ce délai du prix soldé obéit exclusivement à une logique de profit dont on connaît les effets destructeurs. Il a pour seuls bénéficiaires le best seller, la production de masse, les grandes surfaces. Il dévalue le principe de l’à-valoir et menace le droit d’auteur, déjà piètres ressources de l’écrivain. A terme, il condamne à mort la librairie indépendante, seule garante du fonds ; il suicide la création littéraire.

Nous soutenons la protestation de la SGDL, du SNE et du SLF auprès de la ministre de la culture.
Nous affirmons pour notre part que si cet amendement devait être voté, il signerait, avec la vente en ligne et le port gratuit, une grave impéritie politique en matière d’art et de culture et une scandaleuse atteinte aux écrivains et à leur oeuvres.

Amon tour d'ajouter quelques commentaires inspirés par mon expérience directe d'auteure et poétesse.
Jusqu'à présent, lrs libraires accueillaient les recueils de poésie sans tenir compte de la date de publication. Un roman qui a 3 mois est à leurs yeux périmés. J'ai rencontré à Strasbourg, dans le réseau dit "librairies différentes" la même attitude pour la poésie. Et j'ai dû entendre d'un libraire qui exerce depuis moins de 10 ans alors que j'écris et publie depuis 38 ans que je devrais mettre le recueil en vente à un prix inférieur au coût de fabrication. Peu avant, j'avais entendu à la radio, une émission qui justifiait le prix élevé d'une plaquette de poésie en raison du faible tirage et de la vente lente car la poésie est un art et comme tous les arts, il lui faut du temps pour être adoptée.

A la télévision, un Marocain insistait comme quoi la France ne représentait plus rien. Le temps des Voltaire, de Jean-Jacques Rousseau, c'était fini.. Et mon expérience des foires internationales du livre me fait approuver de tels propos : le livre de culture française est terriblement absent. Le prêt à penser rivalise avec  le prêt à porter. Jusqu'au vocabulaire, malgré la richesse de la langue française, qui est pauvre. Il faut du livre, selon les marchands subventionnés par le CNL donc le contribuable français, vite écrit, vite lu... Vite oublié. Les vrais best-sellers sont les livres qui se vendent sur la durée. Mais cette notion n'est plus de mode. J'ai rencontré de très bons poètes qui ont renoncé à publier vu les difficultés de l'entreprise. "Emaux et Camées", illustration prestigieuse de l'écriture parnassienne par Théophile Gautier n'est jamais qu'une plaquette de 35 poèmes. Ils se savourent, se lisent et se relisent aussi longuement que l'on contemplerait une belle toile.

 

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29 février 2008

LE POETE DANS LA CITE

J'ai écrit en 1994, dans la revue "Florilège" de Dijon, un article sur le rôle du poète ans la cité. Titre emprunté au journal "L'Alsace"qui réservait dans les années 70 une tribune ainsi titrée pour se faire l'écho des actions du groupe Prospective. Je reprends l'esprit du dit article en l'aménageant compte tenu du temps passé et de l'histoire qui poursuit son cours. Ceci écrit à l'intention des lecteurs de la revue "Florilège" qui laisse aux auteurs la propriété de leurs articles.

Bien que je publie également des oeuvres en prose, la poésie est pour moi la forme littéraire qui porte la langue à son plus haut niveau de communication car le rôle même de la poésie est bien de donner à une époque le registre linguistique qui la caractérise. Dans une période où l'urbanisation s'est accélérée, où l'homme explore son univers à l'aide de sondes spatiales, où les armes nucléaires, chimiques, électroniques rendent précaires l'existence des espèces vivantes, où la robotisation élimine le travail répétitif sans pour autant avoir fait naître une autre organisation du travail, où les politiques manquent de crédibilité à force d'oeuvrer pour des intérêts immédiats qui les éloignent trop souvent de la notion de bien collectif, la poésie propage la vigueur des attentes et les espoirs d'une humanité en marche grâce à la puissance évocatrice des mots, grâce aux métaphores et allégories renouvelées qui donnent une permanence aux instants les plus fugitifs.

 

Dans une société mutante, l'art va dévorant ses formes d'où la difficulté de distinguer ce qui fait "école" selon une terminologie à laquelle nous étions habitués. Quand je parle de l'art, j'y insère "l'art du mot" car je mets sur un même plan toute recherche inventive que ce soit dans le domaine de la musique, des arts graphiques et plastiques ou celui de l'écrit. Toutefois, je préfère au terme d' "école", aujourd'hui entaché de formalisme, celui de "mouvement" qui comporte les notions à la fois d'évolution et de collectif; chaque créateur mûrit son oeuvre au contact d'autres mais sa propre individualité apporte sa touche personnelle à ce qui est en train de se façonner.

 

Sur la chaîne télévisée ARTE, à propos de la Foire du Livre de Francfort, il a été dit que ce type de foires était devenu un lieu d'enchères pour bestsellers du prêt-à-penser, que la littérature qui marquera le patrimoine n'y était plus présente et qu'il fallait la chercher dans la microédition. Cette dernière devient donc un laboratoire d'idées, ce qui en sort n'est pas nécessairement bon et, comme dans les unités de recherches scientifiques, il faut procéder à bien des essais avant d'engendrer une oeuvre qui s'inscrit dans l'histoire de l'aventure culturelle de l'humanité.

 

Toutefois, ce constat devrait donner à tout poète un apaisement et lui insuffler le courage de penser le fond et la forme de son écrit sans se soucier des modes et des applaudissements immédiats. Certes, chaque époque a ses serviteurs zélés mais bien des notoriétés ne s'établissent qu'au prix d'une allégeance au Pouvoir en place et au détriment d'une oeuvre novatrice. Durant les dernières décennies, les instances de la culture officielle ont vivement soutenu des formes qui traitaient l'art en dérision sous prétexte que la créativité devait l'emporter sur l'acte de création si bien que nous avons été invités à applaudir l'emballage éphémère d'un pont ou la peinture bleue, indélébile des montagnes du Tchad via télévision interposée pour ceux qui ne pouvaient s'en rendre compte de visu.

 

L'usage qui est fait de la notion de créativité sert à discréditer la notion de création en laissant croire que n'importe qui est capable des plus hautes créations si bien que les journées de la musique ou de la poésie sont le plus souvent les journées du débagoulinage verbal et sonore. Quand l'esprit des lettres et des arts est discrédité, la dite société prépare sa destruction car les forces vives d'une civilisation autre que la sienne finiront par l'investir et l'envahir. A l'ère des satellites de communication, le vrai danger pour nos sociétés évoluées est la guerre culturelle, l'arme suprême est celle d'occuper le champ hertzien et dans les négociations du GATT, les USA veulent continuer à étendre leur hégémonie dans le secteur audiovisuel en Europe afin de poursuivre leur emprise culturelle, engagée il y a plus de vingt ans.

 

L'enjeu culturel est grand ce qui m'a fait écrire dans "Des images et des mots" éd.1982 : "Le défi européen sera culturel ou ne sera pas", slogan qui a été repris, à divers moments, sur les ondes radiophoniques. Tout ce préambule m'a paru nécessaire, en ce sens que je ne fais pas de la poésie un objet désincarné, elle est engendrée par un être social, partie prenante de la cité et du monde, dans un moment donné, dans une société donnée. "L'art prospectif", ai-je écrit dans le premier manifeste du groupe, "s'affirme comme une philosophie qui doit décrire les avenirs possibles. Pour y parvenir, l'artiste fait appel à la prévision intuitive qui combine le savoir avec l'imagination". Et dans la préface à "Ma Révolution Prospective", éd. 1974, j'ajoute : « l'artiste a la possibilité de faire un saut du connu dans l'inconnu, du vérifiable au supposé, il est capable de concevoir l'inouï, le jamais vu ; rejetant les conformismes paralysants, il ne craint pas d'être paradoxal ».

 

Nous avons saisi le jour de la France en Poésie du 23 avril 1983 pour illustrer en commun la théorie. Dix auteurs du groupe Prospective publièrent "La Conscience des Poètes", 10 cartes poèmes contre la guerre tirées à 15.000 exemplaires, présentées dans un porte folio sur lequel figurait le slogan "Non à la guerre, oui au partage du pain" (formule reprise par les mineurs de Carmaux en grève) et cette déclaration : "Au nom du droit naturel et imprescriptible de l'Homme, nous exigeons : L'exercice du droit de vivre en paix qui assure la liberté d'exister, la dissolution des Pactes Atlantique (1949) et de Varsovie (1955), le désarmement général et contrôlé, la mise en oeuvre de moyens unilatéraux pour juguler la course aux armements." Dix ans plus tard, cette déclaration n'a plus des airs d'insurgés ou de rêveurs même dans sa formule apparemment la plus utopique. Le 6 avril 1992, le Président Mitterrand présentait un moratoire où la France s'engageait unilatéralement à cesser ses essais nucléaires et selon le Président, dans son entretien télévisé du 14 juillet 1993, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont suivi si bien que ce moratoire mérite un examen approfondi pour savoir s'il doit être reconduit. Avec la chute du mur de Berlin, le Pacte de Varsovie s’est dissout mais le maintien du Pacte de l’OTAN et son renforcement pose de façon cruciale le problème de la guerre et de la paix.

 

Mon parcours est indissociable du mouvement "Prospective" créé il y a plus de 30 ans et ceux qui l'ont approché de près ou de loin en gardent quelque chose. Dans son éditorial de "motamorphose", Francis Krembel, hier en Alsace où le mouvement s'est créé, aujourd'hui en Anjou, écrit : "Bâtir la paix, la fraternité, lutter contre les injustices sont des actions de première importance. Mais il se pourrait que nous y contribuions aussi, à notre manière et sur un autre mode, par nos actions en faveur de la Culture et de l'Art. La poésie a aussi la faculté de dire NON et de nous empêcher de désespérer du genre humain.

 

Je crois à la puissance de la Parole et le poète qui en doute, est-il poète? Le champ linguistique est inépuisable et sans cesse renouvelé par l'écriture poétique qui explore la polysémie des mots si bien que tout lecteur y trouve un écho qu'il s'approprie. Le symbole, la métaphore si caractéristiques de cette écriture provoquent en chacun des résonances qui ouvrent à la conscience de l'ego. Le propre de la poésie est de savoir intégrer les mots nouveaux et d'exploiter le vocabulaire contemporain à la fois technique, moléculaire et syncopé; elle fait sienne des rythmes tels le free jazz ou le rapp avec leur capacité d'intégrer au groupe tout être avec son unicité.

Depuis Freud, l'activité artistique est prise comme une sublimation de l'énergie, l'art a donc une fonction vitale. Dans la société, les productions de l'art créent une communauté de culture qui renforce l'unité sociale, nous leur reconnaissons une fonction sociale. Ainsi, qui contestera notre rapport romantique à la nature depuis Lamartine, Hugo, Musset...? Qui dira inutile le recueil collectif paru en 1943 de "L'Honneur des Poètes" pour résister à l'oppression nazie? Dans la mesure où l'art est une invitation à nous élever vers une perfection transhumaine, il présente des affinités avec la religion et comme toute activité spirituelle, il a une fonction éthique qui met en oeuvre toutes les composantes du psychisme humain. Assurément, il appartient à ceux qui pratiquent l'art du langage de réfléchir sur la portée de leur entreprise et sur les outils qu'ils emploient pour atteindre leur objectif. Sans cette part de travail conscient, c'est prendre le risque de l'avilissement de l'art en le subordonnant à un esprit de parti ou à une chapelle.

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06 septembre 2007

Lettre ouverte à Strasbourg Magazine

Strasbourg capitale européenne de la culture 2013

 

Les représentants des collectivités alsaciennes et allemandes, dont l’Eurodistrict[1] Strasbourg-Ortenau, se sont réunis pour soutenir la candidature de Strasbourg au titre de capitale de la Culture 2013.

Formidable initiative à partir d’un Etat très centralisé qui devra réaliser la richesse des échanges transfrontaliers qui ont choisi comme emblème « Art et Aventure ».

L’art est la langue commune de l’humanité, il est l’atelier permanent de ses doutes et de ses ambitions les plus grandes, le creuset où, à chaque instant, son imaginaire, son destin et son avenir s’inventent. On ne peut qu’approuver ces propos en vue de la candidature à la candidature.

Mais pourquoi se réclamer de Gutenberg qui n’a pas fait d’imprimerie à Strasbourg comme le dit si bien le livre « La Mémoire des Siècles ».D’ailleurs, il n’y a pas de livre signé Gutenberg et en 2001, deux chercheurs américains, à l’aide d’un logiciel informatique, ont apporté la preuve que la Bible attribuée à Gutenberg n’était pas de l’imprimerie ce que Michelle Meyer avait démontré par un travail d’exégèse dans « les premiers temps de l’imprimerie », livre salué lors de sa publication par la Bibliothèque Nationale de France, les Universités de Heidelberg et de Friburg-en-Brisgau. Se moquant de la réalité historique, « Strasbourg Magazine » renforce le mythe Gutenberg avec le soi-disant nom de code « Art et Aventure que donne Gutenberg à son invention géniale de l’imprimerie, à caractères mobiles, à l’orée de la Renaissance ». Les rédacteurs de « Strasbourg Magazine » ne connaissent pas ce que les auteurs résidants à Strasbourg publient pas plus qu’ils ne lisent le quotidien régional « Les Dernières Nouvelles d’Alsace ». J’aimerais savoir où ils ont trouvé ce nom de code. Comme auteur, je prépare la 5ème édition « des premiers temps de l’imprimerie, Jean Mentelin », et malgré des recherches toujours plus approfondies, avec Gallica, la bibliothèque numériqu de la BNF entre autres, je n’ai rien trouvé concernant ce code. Est-ce une invention créée par ceux qui veulent entretenir à tout prix le mythe Gutenberg ? Avec ma publication, j’ai eu à connaître des attitudes si surprenantes allant du fiel de certains Alsaciens qui s’estiment les érudits en matière de l’Histoire d’Alsace et de l’imprimerie en particulier aux éloges jubilatoires qui vont jusqu’à la création d’une bourse Jean Mentelin pour les étudiants bibliothécaires à l’Université de Heidelberg. A la Foire du Livre de Karlsruhe, j’ai été étonnée par le nombre d’Allemands pour qui le nom de Jean Mentelin était familier.



[1] La communauté urbaine de Strasbourg, l’Ortenaukreis et ses 5 grandes villes que sont Achern, Kehl, Lahr, Oberkirch et Offenbourg constituent depuis octobre 2005 l’Eurodisrict

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 BULLETIN DE COMMANDE

 Je commande « Les premiers temps de l’imprimerie, Jean Mentelin » de M. Meyer au prix de 16,15€ (soit une remise de 5%),  franco de port
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Nom et adresse,e-mail

Si dédicace souhaitée, précisez nom ou prénom :

Bulletin à renvoyer avec chèque joint libellé en euros à Michelle MEYER  28 rue Salluste 67200 Strasbourg.

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