Le pouvoir culturel au service du pouvoir politique

 Dès 1974, je suis consciente que les idées fascisantes font les choux gras d’une certaine presse et maisons d’édition où j’y vois une volonté politique car le totalitarisme de la pensée n’est possible qu’avec la collaboration effective de la puissance d’Etat. J’exprime mes inquiétudes auprès de diverses personnalités sans toujours provoquer l’attention souhaitée. Pourtant, Monsieur Giscard d’Estaing fait grand cas de la mouvance nouvelle droite (euphémisme pour dire droite extrême); le n°6 de la revue « Eléments » publie la lettre de remerciements du Président pour le soutien du GRECE (toujours la Nouvelle Droite) à son élection en 1974. Gérard Longuet venu du GUD (extrême-droite étudiante) va devenir l’un des proches du Président. Le 28.02.1981, V.G.E donne la première interview de sa campagne présidentielle au Figaro Magazine dont le P.D.G., Robert Hersant, n’est pas un nouveau venu dans l’extrême-droite; en 1940, il dirigeait « Jeune Front » profasciste.

 Après l’échec de Giscard d’Estaing en 1981, la droite nouvelle et sa multitude de groupuscules décident de revenir à sa clientèle naturelle, celle du RPR. Nombreux seront les candidats de la droite ultra sur les listes du RPR tels à Dreux, J.Pierre Stirbois du F.N ou à Antony, J.Yves Le Gallou, numéro 2 du « Club de l’Horloge ». Sur le plan de la politique culturelle, il s’agit de s’approprier à droite les valeurs républicaines classiquement à gauche et de changer de langage pour se donner un visage correct... Cela a si bien pris que trop d’électeurs en 1995 ont cru dans le slogan « égalité des chances » pour redresser une société d’injustices alors que cette droite est contre l’égalitarisme comme on pouvait le réaliser dans l’interview de Bernard Debré donné au Quotidien de Paris le 31.01.1983, article qui va provoquer le titre de la couverture du journal Le point du 9.05 de la même année : « La France, le danger égalitaire ». 

 En 1985, dans l’avion qui nous ramène à Paris après la Foire Internationale du Livre à Moscou, je confie à Monsieur Jondeau, Président des Ed. Ouvrières, le manuscrit que je publierai en 1994 sous le titre final Fantasia dans la ville. M. Jondeau est très intéressé par le manuscrit mais il exprime un grand souci : ce livre pose un problème avec les futures législatives de 1986 où Monsieur Chirac deviendra Premier Ministre, par suite ce livre ne pourra être distribué. Néanmoins, M. Jondeau soumet le synopsis du livre au comité des Ed. Ouvrières (devenues les Ed. de l’Atelier après bien des difficultés) mais je n’ai pas eu besoin de réponse écrite pour savoir que le risque éditorial ne sera pas pris puisque risque il y a.

 En 1987, alors que Monsieur Chirac est Premier Ministre, une commission créée par la Ville de Paris interdit l’achat, par les bibliothèques dépendantes de la capitale, des livres pour jeunes qui parleraient des banlieues, des problèmes du monde du travail, de familles divorcées...Dans les mêmes temps, un responsable de bibliothèque, secteur BD à Marseille, est suspendu de ses fonctions et un auteur-professeur du sud-ouest est mis à pied suite à la parution de son roman.

à suivre...